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Les hussards cisalpins dans l’Ain
par Jérôme Croyet
docteur en histoire, archiviste-adjoint aux Ad de l'Ain, président-fondateur de la SEHRI
C’est le décret du 19 frimaire an VII qui forme l'Armée cisalpine en six légions d'infanterie, un régiment de hussards dont le colonel est Viani et un régiment de dragons. Dès le 8 septembre 1799, les cisalpins deviennent Légion italique.
Toutefois, sur rapport du ministre de la Guerre du 25 mars, les hussards sont exceptés de cette incorporation en raison des services qu’ils avaient rendus durant la dernière campagne d’Italie mais surtout en raison de son dénuement d’habillement, d’équipement, d’armement et de chevaux. D’abord envoyé à Auxerre, les 350 hussards du régiment, à l'exception d’une soixantaine de hussards chargés des correspondances, rejoignent le 20 avril le reste des troupes italiennes dans l’Ain suivant la volonté de Teulié mais à l’encontre d’une situation économique locale très difficile[1]. Afin de compliquer encore plus les affaires italiennes, le départ pour Genève du quartier-maître de la Légion Italique, en avril, bouscule la distribution de la solde des hommes de troupes et notamment des hussards italiens nouvellement arrivés.
La présence des Italiens, de jour en jour plus nombreux, ne fait qu’aggraver une situation déjà existante. Si la subsistance des réfugiés et des hommes de la Légion Italique devient critique, la pénurie en vient aussi à toucher la nourriture des animaux. En effet, le 19 floréal, alors qu’un nouveau contingent de la Légion Italique s’apprête à partir pour Genève, 400 hommes et 300 chevaux du 1er régiment de Hussards Cisalpins arrivent sans ordre apparent[2] à Bourg pour y cantonner. L’arrivée de ce corps fait sans doute beaucoup d’effet sur la population civile locale ; les hussards ne sont pas des fantassins, ni dans les vêtements, ni dans le comportement. Si leur uniforme en impose plus que l’habit frac vert, court, à revers jaunes des fantassins et des artilleurs cisalpins, leur comportement est à la mesure de la magnificence de leur uniforme. En effet, troupe de cavalerie légère à l'allure chamarrée, les hussards n'en ont pas moins l'image de mauvais garçons caracolant en avant des armées, vivant de maraudes sur les terres conquises. Hommes de guerre par choix, les hussards sont de farouches combattants, centaures de l'armée, excellents dans la bravache comme dans l'action. Dès le 20, la légende devient réalité. Informés de l’arrivée des cavaliers légers, les hommes du magasin militaire de Bourg sont invités à donner du fourrage pour l’alimentation des montures. En bon chef de corps, le capitaine commandant les hussards italiens, fait un contrôle du fourrage destiné aux montures de ses hommes. Le trouvant de mauvaise qualité, il refuse que la distribution soit faite. La mauvaise entente, jusque là en sourdine, entre soldats italiens et civils français, resurgit. Malgré les directives données aux employés par le capitaine des hussards cisalpins sur l’horaire de distribution de fourrage, ces derniers le distribuent sans en tenir compte, occasionnant des plaintes de la part des hussards qui sont traités de brigands et de scélérats par les employés français qui refusent de donner les fourrages. Un hussard essaye de prendre de force de la nourriture pour son cheval, et la paire de gifle qu’il reçoit de la part de l’employé met le feu aux poudres. Le hussard maltraité appelle ses camarades à la rescousse qui laissent l’employé pour mort. Quinet, informé de cet acte, averti le juge de paix qui s’empresse de faire arrêter les coupables. De son côté, le capitaine commandant les hussards, envoie un rapport circonstancié au préfet. Quinet, fait de même, mais prévient Ozun : “ un tel corps est dangereux dans l’intérieur, ce n’est pas ici sa place ”[3]. Au moment où 600 hommes de la Légion Italique quittent Bourg pour Genève, Quinet demande, non seulement la punition des coupables mais aussi le départ des hussards. Ozun, devant la gravité de l’affaire demande au chef d’escadron Bellon, de faire arrêter les hussards italiens coupables ; le 21, quatre cavaliers sont sous les verrous. A l’annonce de l’arrestation de certains de ses hommes, le capitaine commandant les hussards italiens demande à Bellon la libération de ses hommes et le 24, afin de calmer les mentalités, Bellon demande à Ozun la libération pure et simple des hussards italiens.
Dès sa formation, l'état-major Italique met en place son propre service d'estafette avec les administrations ou ses nombreux détachements cantonnés en Bresse et Bugey. L’état-major de la Légion Italique est logé au château de Challes. Son chef est l’adjudant général Teulié. Vignolle, qui est à Dijon, rend compte au Ministre le 30 mars qu'il a établi un service de correspondance en plaçant à cet effet, de quatre lieues en quatre lieues, des postes sur les principales et les plus courtes routes de communications. Ces postes sont tenus pas trois hussards et un brigadier ou maréchal des logis. Il utilise « les hussards cisalpins qui ne sont en ce moment en état de faire aucun autre service »[4].
Toutefois la présence à Auxerre puis à Bourg d’un régiment de hussards motive l’envie d’aventure de jeunes français. Si l’encadrement du régiment est en partie français, lorsque le régiment, à 8 escadrons, arrive à Milan le 11 floréal an VII[5], son recrutement et sa gestion, jusqu’à son licenciement, le 30 prairial an IX, est français. Ainsi, 151 hussards, sur 574, sont français. En l’an VII, les frais d’entretien du régiment s’élèvent à 6887 livres pour 46 226 en l’an VIII, année de remise sur pied du régiment.
[1] CROYET (Jérôme) : Immigration forcée et prémice du nationalisme italien : la légion italique et l’armée de réserve dans l’Ain Ventôse-messidor an VIII http://cths.fr/ed/edition.php?id=4615 .
[2] En effet, dans une lettre à Ozun, le commissaire des guerres Quinet, avoue ignorer qui a ordonné au 1er Hussards Cisalpin de venir en garnison à Bourg.
[3] Lettre de Quinet à Ozun, 20 prairial an VIII. collection particulière.
[4] DE CUGNAC : Campagne de l’armée de Réserve en 1800. Paris, 1900.
[5] Le régiment comprend un état-major et un escadron à 8 compagnies. Les frais d’entretien et la solde se montent à 6887 livres pour l’an VII et 46226 livres pour l’an VIII.